Un article de Wendy Nève

Tous les jours, on découvre sur internet des jeux pour faire découvrir l’écriture aux jeunes enfants en s’amusant. Ces jeux, sous toutes leurs formes, sont presque toujours des alphabets : lettres en relief, mémory des lettres, bâtonnets ou pinces à linge présentant des lettres, etc.

Je me demande toujours par quelle naïveté nous croyons encore qu’il suffit de « connaître son alphabet » pour savoir écrire en français. Avons-nous la mémoire si courte ? Reconnaître les lettres et savoir les tracer, c’est bien sûr une étape nécessaire. Mais est-ce suffisant ? Dès qu’il débute dans l’écriture du français, l’enfant est coincé parce qu’il n’a pas le droit ( !) de noter comme il entend, car l’orthographe guette, avec ses yeux sévères et son bic rouge, pour l’empêcher d’écrire « n’importe quoi ». Découragé d’écrire dès son plus jeune âge, je comprends sans peine qu’il ait du mal, plus tard, à composer des textes personnels. En les focalisant d’emblée sur l’orthographe, on oblige les enfants à se concentrer sur la forme de leur écrit et non pas sur le sens des idées qu’ils auraient pu avoir de la joie à exprimer.

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ici un témoignage datant de… plus de 300 ans ! Il s’agit d’un texte du sieur Pierre Lermite du Buisson, figurant en avant-propos de son Guide grammairien, paru en 1679.

Au XVIIe siècle déjà (rien de neuf sous le soleil !), ce grammairien et spécialiste de la langue française soulignait la lourde habitude de notre orthographe à noter un grand nombre de lettres inutiles – inutiles parce que ne correspondant à aucun son prononcé à voix haute. Déjà il se heurtait aux traditionnalistes de son époque, qui se plaignaient de la « laideur » d’une simplification. Comme si l’écriture avait pour premier but l’esthétique au lieu de la lisibilité, la limpidité, l’évidence. Il compare l’orthographe à « une horloge, dont l’aiguille marque midi et la cloche sonne neuf heures », pour pointer plaisamment le décalage entre ce qu’elle note et ce que le lecteur prononce.

Certes, il le rappelle aussi, les lettres « inutiles » de l’orthographe rappellent l’étymologie et l’origine des mots. On peut comprendre qu’elles ravissent les spécialistes de l’évolution linguistique et plongent dans le bonheur le plus pur les éminents membres de l’Académie française. Ceux-ci ont raison, bien sûr, de manifester autant d’affection pour leur langue et leur écriture.

Mais si l’on veut que l’écriture reste un outil pratique pour le public de tous les jours – les commerçants, les plombiers, les caissières, les chauffagistes, les électriciens, les comptables, les infirmières, les enseignants, les psychologues, et même les écrivains – ne serait-il pas temps de reconsidérer la pertinence d’une simplification ? Voltaire lui-même plaidait pour une écriture qui reflète la parole.

En attendant, pour aider les enfants à entrer dans la lecture et l’écriture, l’outil alfonic leur permettra d’écrire « comme ils entendent », s’appuyant par-là sur les connaissances bien réelles dont ils disposent déjà dans le savoir, c’est-à-dire les particularités phonologiques, articulatoires, acoustiques du français qui leur permettent de communiquer oralement. « Je parle donc j’écris » ou en alfonic : jœ parl döc j écri.

Bonne réflexion !

Illustration : Pierre Lermite du Buisson, texte figurant en avant-propos de son Guide grammairien, paru en 1679.

Cliquer pour accéder à pierre-du-buisson_la-nouvele-ortografe_a5.pdf

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